Observations placeholder

Hugo, Victor - A Villequier

Identifier

015360

Type of Spiritual Experience

Background

A description of the experience

Maintenant que Paris, ses pavés et ses marbres,
Et sa brume et ses toits sont bien loin de mes yeux ;
Maintenant que je suis sous les branches des arbres,
Et que je puis songer à la beauté des cieux ;

Maintenant que du deuil qui m'a fait l'âme obscure
Je sors, pâle et vainqueur,
Et que je sens la paix de la grande nature
Qui m'entre dans le cœur ;

Maintenant que je puis, assis au bord des ondes,
Emu par ce superbe et tranquille horizon,
Examiner en moi les vérités profondes
Et regarder les fleurs qui sont dans le gazon ;

Maintenant, ô mon Dieu ! que j'ai ce calme sombre
De pouvoir désormais
Voir de mes yeux la pierre où je sais que dans l'ombre
Elle dort pour jamais ;

Maintenant qu'attendri par ces divins spectacles,
Plaines, forêts, rochers, vallons, fleuve argenté,
Voyant ma petitesse et voyant vos miracles,
Je reprends ma raison devant l'immensité ;

Je viens à vous, Seigneur, père auquel il faut croire ;
Je vous porte, apaisé,
Les morceaux de ce cœur tout plein de votre gloire
Que vous avez brisé ;

Je viens à vous, Seigneur ! confessant que vous êtes
Bon, clément, indulgent et doux, ô Dieu vivant !
Je conviens que vous seul savez ce que vous faites,
Et que l'homme n'est rien qu'un jonc qui tremble au vent ;

Je dis que le tombeau qui sur les morts se ferme
Ouvre le firmament ;
Et que ce qu'ici-bas nous prenons pour le terme
Est le commencement ;

Je conviens à genoux que vous seul, père auguste,
Possédez l'infini, le réel, l'absolu ;
Je conviens qu'il est bon, je conviens qu'il est juste
Que mon cœur ait saigné, puisque Dieu l'a voulu !

Je ne résiste plus à tout ce qui m'arrive
Par votre volonté.
L'âme de deuils en deuils, l'homme de rive en rive,
Roule à l'éternité.

Nous ne voyons jamais qu'un seul côté des choses ;
L'autre plonge en la nuit d'un mystère effrayant.
L'homme subit le joug sans connaître les causes.
Tout ce qu'il voit est court, inutile et fuyant.

Vous faites revenir toujours la solitude
Autour de tous ses pas.
Vous n'avez pas voulu qu'il eût la certitude
Ni la joie ici-bas !

Dès qu'il possède un bien, le sort le lui retire.
Rien ne lui fut donné, dans ses rapides jours,
Pour qu'il s'en puisse faire une demeure, et dire :
C'est ici ma maison, mon champ et mes amours !

Il doit voir peu de temps tout ce que ses yeux voient ;
Il vieillit sans soutiens.
Puisque ces choses sont, c'est qu'il faut qu'elles soient ;
J'en conviens, j'en conviens !

Le monde est sombre, ô Dieu ! l'immuable harmonie
Se compose des pleurs aussi bien que des chants ;
L'homme n'est qu'un atome en cette ombre infinie,
Nuit où montent les bons, où tombent les méchants.

Je sais que vous avez bien autre chose à faire
Que de nous plaindre tous,
Et qu'un enfant qui meurt, désespoir de sa mère,
Ne vous fait rien, à vous !

Je sais que le fruit tombe au vent qui le secoue,
Que l'oiseau perd sa plume et la fleur son parfum ;
Que la création est une grande roue
Qui ne peut se mouvoir sans écraser quelqu'un ;

Les mois, les jours, les flots des mers, les yeux qui pleurent,
Passent sous le ciel bleu ;
Il faut que l'herbe pousse et que les enfants meurent ;
Je le sais, ô mon Dieu !

Dans vos cieux, au-delà de la sphère des nues,
Au fond de cet azur immobile et dormant,
Peut-être faites-vous des choses inconnues
Où la douleur de l'homme entre comme élément.

Peut-être est-il utile à vos desseins sans nombre
Que des êtres charmants
S'en aillent, emportés par le tourbillon sombre
Des noirs événements.

Nos destins ténébreux vont sous des lois immenses
Que rien ne déconcerte et que rien n'attendrit.
Vous ne pouvez avoir de subites clémences
Qui dérangent le monde, ô Dieu, tranquille esprit !

Je vous supplie, ô Dieu ! de regarder mon âme,
Et de considérer
Qu'humble comme un enfant et doux comme une femme,
Je viens vous adorer !

Considérez encor que j'avais, dès l'aurore,
Travaillé, combattu, pensé, marché, lutté,
Expliquant la nature à l'homme qui l'ignore,
Eclairant toute chose avec votre clarté ;

Que j'avais, affrontant la haine et la colère,
Fait ma tâche ici-bas,
Que je ne pouvais pas m'attendre à ce salaire,
Que je ne pouvais pas

Prévoir que, vous aussi, sur ma tête qui ploie
Vous appesantiriez votre bras triomphant,
Et que, vous qui voyiez comme j'ai peu de joie,
Vous me reprendriez si vite mon enfant !

Qu'une âme ainsi frappée à se plaindre est sujette,
Que j'ai pu blasphémer,
Et vous jeter mes cris comme un enfant qui jette
Une pierre à la mer !

Considérez qu'on doute, ô mon Dieu ! quand on souffre,
Que l'œil qui pleure trop finit par s'aveugler,
Qu'un être que son deuil plonge au plus noir du gouffre,
Quand il ne vous voit plus, ne peut vous contempler,

Et qu'il ne se peut pas que l'homme, lorsqu'il sombre
Dans les afflictions,
Ait présente à l'esprit la sérénité sombre
Des constellations !

Aujourd'hui, moi qui fus faible comme une mère,
Je me courbe à vos pieds devant vos cieux ouverts.
Je me sens éclairé dans ma douleur amère
Par un meilleur regard jeté sur l'univers.

Seigneur, je reconnais que l'homme est en délire
S'il ose murmurer ;
Je cesse d'accuser, je cesse de maudire,
Mais laissez-moi pleurer !

Hélas ! laissez les pleurs couler de ma paupière,
Puisque vous avez fait les hommes pour cela !
Laissez-moi me pencher sur cette froide pierre
Et dire à mon enfant : Sens-tu que je suis là ?

Laissez-moi lui parler, incliné sur ses restes,
Le soir, quand tout se tait,
Comme si, dans sa nuit rouvrant ses yeux célestes,
Cet ange m'écoutait !

Hélas ! vers le passé tournant un œil d'envie,
Sans que rien ici-bas puisse m'en consoler,
Je regarde toujours ce moment de ma vie
Où je l'ai vue ouvrir son aile et s'envoler !

Je verrai cet instant jusqu'à ce que je meure,
L'instant, pleurs superflus !
Où je criai : L'enfant que j'avais tout à l'heure,
Quoi donc ! je ne l'ai plus !

Ne vous irritez pas que je sois de la sorte,
Ô mon Dieu ! cette plaie a si longtemps saigné !
L'angoisse dans mon âme est toujours la plus forte,
Et mon cœur est soumis, mais n'est pas résigné.

Ne vous irritez pas ! fronts que le deuil réclame,
Mortels sujets aux pleurs,
Il nous est malaisé de retirer notre âme
De ces grandes douleurs.

Voyez-vous, nos enfants nous sont bien nécessaires,
Seigneur ; quand on a vu dans sa vie, un matin,
Au milieu des ennuis, des peines, des misères,
Et de l'ombre que fait sur nous notre destin,

Apparaître un enfant, tête chère et sacrée,
Petit être joyeux,
Si beau, qu'on a cru voir s'ouvrir à son entrée
Une porte des cieux ;

Quand on a vu, seize ans, de cet autre soi-même
Croître la grâce aimable et la douce raison,
Lorsqu'on a reconnu que cet enfant qu'on aime
Fait le jour dans notre âme et dans notre maison,

Que c'est la seule joie ici-bas qui persiste
De tout ce qu'on rêva,
Considérez que c'est une chose bien triste
De le voir qui s'en va !

Now that Paris, its pavements and its marbles,
And mist and its roofs are far from me;
Now that I'm under the branches of trees,
And I can think of the beauty of heaven;

Now that the mourning that made me a distant soul
I can go out, pale and victorious,
And feel the peace of the great outdoors
Which leads me into the heart;

Now I can sit at the edge of the waves,
Moved by this beautiful and tranquil horizon
I can examine the deeper truths
And watch the flowers that are in the grass;

Now, O my God! I have this dark calm
Can now
See with my eyes the stone where I know, in the shadows,
She sleeps forever;

Now whilst I am waited on by this divine spectacle,
Plains, forests, rocks, valleys, Silver River
Seeing my smallness and seeing your miracles,
I forget my reason before this immensity;

I come to you, Lord, father to whom we must believe;
I have you, appeased,
The pieces of this heart full of your glory
You have broken;

I come to you, Lord! confessing that you are
Good, merciful, forgiving and gentle, O living God!
I agree that only you know what you are doing,
And that man is nothing but a reed trembling in the wind;

I say that the tomb of the dead that closes
Opens the firmament;
And that here below, what we take for the end
Is the beginning;

I agree on my knees that only you, august father,
Possess the infinite, the real, the absolute;
I agree that it is good, I agree that it is right
My heart has bled because God wanted it!

I can no longer resist everything that happens to me
By your will.
The soul of grief in grief, the man of shore on shore
Rolls on to eternity.

We never see one side of things;
The other dives into the night in a frightening mystery.
Man suffers the yoke without knowing the causes.
All he sees is short, useless and fleeting.

You must return always to loneliness
Around every step.
You do not want him to have certainty
Nor joy on earth!

As soon as he feels happy, fate withdraws it.
Nothing is given to him in these fast paced  days
So that it can make a home, and say,
This is my home, my field and my loves!

He must see shortly what his eyes see;
He ages without support.
Since these things are, that is the way they must be;
I agree, I agree!

The world is dark, O God! Enduring Harmony
Consists of tears as well as songs;
Man is but an atom in this infinite shadow,
Night where ascend the good, or fall the bad.

I know that you have other things to do
Than listen to us complaining,
And that a child who dies, to the despair of his mother,
Does not do anything to you!

I know that the fruit falls to the wind that shakes it,
The bird loses its feathers and flowers their fragrance;
That creation is a large wheel
Which can move without crushing someone;

Month, day, the waves of the sea, watery eyes,
Pass under the blue sky;
It is necessary that the grass grows and that children die;
I know, my God!

In your heavens, beyond the sphere of the clouds;
Beyond  this still azure and sleeping,
Perhaps you are doing things unknown
Where human pain enters as an element.

Perhaps it is helpful to your designs without number
That these lovely beings
Fly away, carried away by the dark vortex
Of Black events.

Our shadowy destinies go under vast laws
That nothing can disconcert and nothing touch.
You can not have sudden mercies
Which disturb the world, God, peace of mind!

I beg you, O God, watch my soul,
And consider
That, humble as a child and as gentle as a woman,
I just love you!

Consider again that I had, at dawn,
Worked, fought, thought, strode, struggled,
Explaining the nature of the man to those who do not know,
Illuminating everything with your clarity;

That I had, confronted hatred and anger,
As my task here,
I did not expect to be paid,
I could not

Provided that, you too, on my lowered head,
You lay your triumphant arms
And that, you who can see I have little joy,
You took my child from me so quickly!

And hit a soul is prone to complain,
I could swear,
And you throw my cries like a child throwing
A stone in the sea!

Consider that doubt, my God! when suffering,
The eye that weeps too ends up blind,
A being that his grief plunges at the black abyss
When he sees you, you can behold,

And that it can not that man, when dark
In afflictions,
Having in mind the dark serenity
Constellations!

Today, I who was weak as a mother,
I bow at your feet before your open heavens.
I feel enlightened in my bitter sorrow
For a better glance at the universe.

Lord, I recognize that man is screaming
If he dares whisper;
I cease to accuse, I stopped cursing,
But let me cry!

Alas! let the tears flow from my eyelids,
Since you have made men for that!
Let me look into that cold stone
And tell my child: Do you feel that I'm here?

Let me talk to her, bent over her remains,
At night, when all is silent,
As if, in his night reopening her heavenly eyes,
This angel listened to me!

Alas! turning to the past with envy,
With nothing down here can comfort me,
I always look this time of my life
I saw her open her wings and fly!

I will see that instant until I die,
The moment superfluous tears!
I cried: The child that I had just now,
What then? I do not!

Do not provoke me to be so,
O my God! the wound bled so long!
The anguish in my soul is always the strongest,
And my heart is submissive, but not resigned.

Do not be angry! fronts that mourning claims,
Mortals prone to crying,
We find it difficult to remove the soul
Of these great pain.

You see, our children we are needed,
Lord; when we saw in his life, one morning
In the midst of trouble, pains, miseries,
And shade that makes us our destiny,

Show a child, dear and sacred head,
Little being joyful,
So beautiful, we thought he saw open at its entrance
A gate of heaven;

When we saw sixteen years, this other self
Grow through the amiable and sweet reason,
When recognized that this child we love
Dated this day in our souls and in our house,

It's the only joy down here that persists
Everything we dreamed,
Consider it a sad thing
To see who is going!

 

 

The source of the experience

Hugo, Victor

Concepts, symbols and science items

Symbols

Wheel

Science Items

Activities and commonsteps

Activities

Overloads

Grief

Commonsteps

Humility

References