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D' Aubigneé, Theodore-Agrippa - 02 LIVRE II — PRINCES

Identifier

028941

Type of Spiritual Experience

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A description of the experience

LIVRE II. — PRINCES

Le poëte ne cache pas qu’il va accomplir une tâche bien répugnante: ouvrir « des sépulcres blanchis », mettre à nu « d’horribles charognes ». S’il s’est tu jusqu’ici, « de peur d’encourir le courroux des princes irrités », il se reproche cette lâcheté et va, sans plus tarder, parler haut et ferme ainsi que l’exige sa conscience. Arrière tous les vils ménagements ! Il faut désormais combattre en face et hardiment les vices du siècle, à commencer par les flatteurs, ces serpents venimeux que l’on voit s’insinuant partout : dans les conseils de l’Etat et dans la chaire ; partout donnant le change, et parant de noms nouveaux tous les crimes, toutes les infamies. Leur honteux commerce excite la vertueuse indignation du poëte, qui, flétrissant la « Menterie », va prendre en main le flambeau de la Vérité, dût-il en être la victime.

— Déguisements et déportements du roi Henri III. Hypocrisies et impuretés des princes et des grands. Ils sont d’autant plus coupables que leur rang les oblige davantage, et qu’ils devraient s’appliquer à représenter Dieu lui-même icibas. Mais les iniques conseillers font les rois iniques. Que de mal ont ainsi commis de misérables courtisans, l’un prêtre apostat, l’autre moyenneur vénal, traître de tous les partis ; celui-ci charlatan de cour, à la langue emmiellée; celui-là froid bourreau poussant au carnage ; et tant d’autres bien connus, — véritable bande de brigands qui s’arrangent pour vivre aux dépens du pauvre monde et pour s’enrichir de ses dépouilles. Pour comble d’ignominie, c’est à la clique italienne que profite ce brigandage. O pitoyable France, « qui entretiens et gardes tes voleurs », qui gémis sous la verge du « C onseil sacré qui te dévore » ! Pauvres fous, vous tous qui « prodiguez votre vie aux bouches du canon » et qui, glorieusement mutilés, vous voyez délaissés pour les bouffons et les muguets parfumés », apprenez donc ce que valent ces rois à qui vous vous donnez ! Ah ! ils « ont appris à machiavéliser » ! — C’est une malédiction sans pareille que ces princes enfants, ces rois en tutelle, dominés par leurs caprices, par leurs passions, par les femmes, et dont le règne n’est qu’une succession de scandales et de hontes. Peinture des abominations de la cour : on n’y voit qu’entremetteurs et mignons. — Étrange aberration des Polonais, qui, maîtres de leur sort, vinrent de si loin offrir la couronne à ce méprisable personnage, le duc d’Anjou. Tout conspira alors à les tromper : eussent-ils donc fait de « leur manteau royal une couverture à tant d’opprobre et de déshonneur », s’ils avaient su tout ce qu’on prit grand soin de leur dissimuler à leur entrée dans Paris ! Cet exemple n’engagera pas d’autres étrangers à nous emprunter quelqu’un de nos princes : aussi bien joignent-ils à la laideur physique une laideur morale, une méchanceté plus grande encore. Les talents que peuvent avoir certains tyrans rendent parfois la tyrannie un peu moins tolérable. Mais tel n’est pas le destin des Français, réduits en servitude « sous une femme-hommace et sous un homme-femme. » Cette « femme-hommace », mère indigne, a ellemême corrompu ses trois fils. — Elle a fait du premier une sorte de sauvage, de furieux, « n’aimant rien que la chasse et le sang », et préludant par des habitudes de cruauté aux massacres qui devaient illustrer son règne. — Elle a fait du second un efféminé, un être douteux, au menton rasé, aux joues fardées, sans cervelle et sans front, qui inaugura en un bal la mode des habillements féminins, et qui, renchérissant sur l’Espagne et sur l’Italie, porta buse, crevés, déchiquetures, manchons de satin, cordons emperlés dans les cheveux, bonnet sans bord, accoutrement « monstrueux, digne de ses amours ». Chacun était en peine « s’il voyait un roifemme ou bien un homme-reine ». Il va sans dire que le dedans répondait au dehors : tout en lui était ruse et intrigue, vice et lubricité, grâce au lait qu’il avait sucé ; par plus d’un trait il rappelait Néron, et c’était bien le fils d’une autre Agrippine : plût au Ciel que celle-ci eût été la victime d’un tel monstre, et qu’elle eût ainsi servi à préserver une autre mère, c’est-à-dire la France ! Les Senèques de ce temps-ci n’auraient pas eu à subir toutes ces souffrances et ignominies qui leur ont été réservées. — Le troisième fils de Catherine fut par elle et « pour servir à son jeu», élevé en « fainéant. » Il devint aussi astucieux que lâche. Pour lui, « ce n’est qu’un coup d’Estat que d’estre bien parjure. » Jouet de tous les vents, il trompe, il est trompé ; traître et assassin de ses amis, sa robe ducale est souillée, couverte de leurs sang. — Ces princes, rivaux d’impuretés, avaient tous trois commencé leur infâme carrière par un commun inceste. Or, en ces derniers temps, le diable a appris à faire l’ange ; il s’est donné un entourage de beaux esprits, à la façon de Néron ; on a mis « le masque », c’est-à-dire « le froc», et voilà nos gens encapuchonnés, fagotés de cordes, et qui « s’en vont étalant par la ville leurs processions grotesques, diffamant le Christ par leurs litanies... » Malheur à toi, roi déguisé qui joue ainsi le cagot ! « C es corbeaux se paistront un jour de ta charogne! Dieu t’occira par eux. » — En attendant, « tes prêtres », par les rues promenés, « n’ont pourtant pu céler l’ordure de tes nuits » et l’orgie de tout ce qui te touche et t’environne. Le Louvre n’est plus qu’un sordide lupanar. Un frisson me prend quand je songe à ce qu’on en raconte, et je tremble de le répéter! On parle aussi des vaines terreurs d’un roi à qui le tonnerre cause un tel effroi qu’il se cache sous terre, fait sonner les cloches et a besoin qu’on lui administre des clystères d’eau bénite, sans compter tout le reste ! Que n’accusent pas ces frayeurs et ces pratiques insensées ! Honteuses vérités, trop véritables hontes ! » Quels tableaux souillent de tous côtés nos regards ! On dit qu’il faudrait les voiler. Non, non ! « La vertu n’est point fille de l’ignorance », et il vaut bien mieux (comme l’enseigne saint Augustin) mettre le mal à découvert « avec sa puanteur et son infection », afin qu’il provoque le dégoût et la haine. Mais trêve à ces fureurs, et envisageons une autre face de notre sujet. Supposons un vieux gentilhomme qui s’est appliqué à instruire et à former diligemment son fils, pour ne se séparer de lui qu’après en avoir fait un adolescent accompli. Voici le jeune homme équipé ; le voilà parti, il débarque à la cour et pense « être arrivé à la foire aux vertus ». Que de beaux personnages ! Que de superbes choses ! Mais dès qu’il a entrevu les revers des médailles, que de froissements, quelles amères déceptions ! Il voit, au Louvre, entrer ou sortir des gens que la foule escorte et adore. Quel est celui-ci ? demande-t-il. Et quel est celui-là ? Sont-ce de vaillants guerriers, d’éminents hommes d’État ? On lui nomme... d’illustres inconnus, et il n’est pas moins étonné des réponses qu’on lui fait, que ses interlocuteurs ne le sont de la naïveté de ses questions. Est-il donc permis d’ignorer que ce sont là les « mignons du Roi », qu’ils sont partout au premier rang, et que la France entière est leur tributaire ? Du même coup, le voilà édifié et indigné. La colère lui trouble les sens, son sommeil est agité de visions. La Fortune, « cette mère aux étranges amours », lui apparaît en songe ; elle écarte les rideaux de son lit et, le couvrant de baisers, l’appelle son fils et lui tient ce discours : « Innocent jouvenceau, tu as été mal instruit par ton père. Il t’a appris à me mépriser, moi, la Fortune, moi, ta mère, et à me préférer la Vertu, cette sotte qui ne te peut mener à rien. Vois un peu le sort des Senèque, des Thraséas, des Coligny. Y a-t-il là de quoi te tenter ? Combien est différente la destinée de ceux qui me prennent pour dame et suivent mes préceptes ! Suis-les donc, aspire à imiter, sous mes auspices, les mignons vieillis et à les remplacer dans la faveur royale ». A ces mots, la Vertu qui écoutait à la porte, ne se contient plus, et entre brusquement pour combattre ces odieux sophismes. « C e n’est pas moi, s’écrie-t-elle, qui chercherai à t’éblouir, comme fait ici la fausse Fortune, pour te tromper. Sincères sont mes maximes, et rude est la voie que je trace : mais ceux qui m’écoutent et marchent dans mes sentiers, ceux-là sont des hommes sains et forts : témoin les Scipion et Coligny, celui-ci grand entre les plus grands et triumphant dans sa mort même. Choisis donc la bonne part et la vraie gloire. T’y exhorter plus longtemps, c’est te faire injure. » — Le poëte conclut en maudissant le séjour empesté des cours, et conjure ceux qui haïssent le vice d’en fuir le contact. Au milieu de cette fange, nul ne peut rester exempt de souillure. En se taisant, on se rend en quelque sorte complice du méfait et l’on risque de se trouver impliqué dans le jugement final qui attend les coupables.

 

The source of the experience

D' Aubigneé, Theodore-Agrippa

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