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D' Aubigneé, Theodore-Agrippa - 03 LIVRE III — LA CHAMBRE DOREE

Identifier

028943

Type of Spiritual Experience

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A description of the experience

LIVRE III. — LA CHAMBRE DOREE.

Au plus haut des cieux réside l’Eternel. Les légions des Anges et des Puissances sont là rangées et l’adorant face à face, prêtes à exécuter, au moindre signe du Seigneur des Seigneurs, les commandements divins. Au pied de ce trône de gloire arrive la Justice, fugitive et toute meurtrie. Elle peut à peine exhaler sa pla inte.

« Les humains ont outragé et déshérité celle que tu avais placée à leur tête comme ta propre fille, ô Dieu, pour régner sur eux. Elle a recours à toi ! » La Piété, autre exilée de la terre, s’avance, et, tombant à genoux : « C es humains, dit-elle, tes créatures, ce sont eux qui m’ont chassée! » La Paix vient à son tour : « E t moi aussi, ils m’ont expulsée, et ils ont mis en mon lieu une fausse Paix, qui n’est que la Guerre déguisée. » L’assemblée des Esprits appuie cette prière et insiste sur la gravité des désordres qui viennent d’être signalés. « L’Eternel laissera-t-il plus longtemps blasphémer son nom et fouler aux pieds ses lois? » Les Anges lui montrent le cortège des âmes des martyrs qu’ils ont recueillies au ciel, et cette vue allume son courroux. Il abaisse son regard sur la terre, et ce qui le frappe au travers des nues, c’est un palais hérissé de tourelles et pavillons dorés, mais que l’on croit à tort bâti de pierres et sable : car c’est un édifice élevé avec la chair et les os des innocents; c’est un vaste sépulcre blanchi ; c’est, en un mot, le palais des justiciers — ou loups cerviers — parisiens. Là est la Chambre dorée, « de justice jadis, d’or maintenant parée », et où préside aujourd’hui « l’injustice impudente».

Elle a pour assesseurs, sur les fleurs de lis, l’Avarice, vieille harpie; l’Ambition, capable de tout pour dominer; l’Envie, hideuse sorcière; l’Imbécillité, au front vide; la Colère, aux yeux enflammés; la Faveur, aux dés pipés ; l’Ivrognerie, au gosier enroué, aux violences féroces; l’Hypocrisie, faisant trafic de la dévotion; la Vengeance, au teint noir ; la Jalousie, tour à tour pâle ou cramoisie; l’Inconstance, aux dehors insaisissables; la Stupidité, impitoyable brute. Au bout d’un banc se trouve la chétive Pauvreté, toute honteuse, et, « pour couronner cette liste », voici l’Ignorance, « qui n’est la moins fascheuse peste », car tout lui est égal et elle opine du bonnet ad idem, puis demande après de quoi il s’agissait. Sur un autre banc se voit, sous les traits d’un colosse africain, un monstre effrayant : c’est la Cruauté farouche, ayant la Pitié à ses pieds. A côté d’elle, la Passion, âpre aiguillon des âmes, qui surprend et dicte les sentences ; la Haine, fille de l’Esprit de parti, qui les impose par la menace; la Vanité, sottement accoutrée; la Servitude, tête rasée, esclave du bon plaisir: la Bouffonnerie, perverse courtisane, auprès de laquelle rien ne trouve grâce ; la Luxure, aux effrontés désirs ; la Faiblesse, toujours tremblante et impuissante ; la Paresse, qui ne « juge que sur l’étiquette » ; l’écervelée Jeunesse, qui juge à l’étourdie et fait couler le sang ; la « froide et lâche » Trahison, l’Insolence, vile parvenue; la Formalité, qui fausse et « difforme » tout, digne fille du Pédantisme. Au dernier coin est « la misérable » Crainte, blême et marquée du sceau fatal du malheur. — Or il arriva que c’était tout justement le jour où le roi Henri III vint à la mercuriale, ce qui permit au Souverain Juge de mieux voir au grand complet ce sénat, cette cour, — on peut dire cette « boutique » — de la Chambre dorée. Mémorable séance où éclata toute la lâcheté de ces conseillers, de ces esclaves du maître. — Ce palais avait captivé l’attention du Très-Haut par son faste ; un second château l’attira aussi, mais celui-là par l’aspect funeste de ses « tours assemblées » et de ses « grilles redoublées ». C’était la forteresse de « l’Inquisition », l’enfer des malheureux, la redoutable Bastille. Alors apparaît la cohorte des barbares persécuteurs, des sombres et inexorables geôliers, des pourvoyeurs de gibets, des Ferdinand, des Isabelle, des Sixte-Quint, et l’Eternel vit avec indignation les sanglantes tragédies dont ceux-ci étaient les triomphants auteurs. En même temps, il introduisit au ciel la légion des martyrs, leurs victimes. « Tremblez, juges! » car en signant ces arrêts de mort, c’est le vôtre que vous signez.

En vain vous prétendriez vous en laver les mains : « doctes brigands ». vous êtes bien la race vénale de ces Juifs qui criaient : « C rucifie ! » tout en se récusant. Mettez, mettez un gant blanc, bourreaux : l’or n’en reste pas moins à vos doigts, et aussi le sang ! — Ce venin espagnol infectant bientôt les autres nations, chaque pays devient le théâtre d’horribles supplices, et partout les bons sont torturés, mis à mort par les méchants. Le Père céleste a vu ces lamentables tableaux et a inscrit les noms des saints « en son registre éternel ». Là sera l’inévitable condemnation de leurs juges meurtriers, quand viendront les grands jours du Juge suprême.

Puisqu’ils n’ont pas su profiter des avertissements qu’ils pouvaient lire sur les voûtes mêmes de leur « grand palais », où ont été tracées les annales de Thémis et de ces plus fameux représentants dans toute l’histoire sacrée et profane, depuis Moïse et Salomon, Aristide et Cyrus, Caton et Auguste, Trajan et Charlemagne, jusqu’aux modernes et aux contemporains. Là se voit aussi le cortège des martyrs qui vont enfin recevoir la couronne de leur triomphe final, en même temps que là foudre céleste va frapper leurs bourreaux devant le trône de gloire. —Le poète se donne ici carrière pour peindre l’antre de la Chicane et tous ses agissements, La Basse Normandie, le Comtat, le Poitou, sont proprement son refuge. La Suisse, la Hollande, l’Angleterre, l’Ecosse, ont su s’en préserver. Heureux et digne d’envie est le libre royaume d’Elisabeth ! — Puisque les marchands de justice à faux poids font la sourde oreille, il faut emprunter les accents de David et les forcer d’entendre ce qu’il adresse à ceux qui ne rendent pas la justice, mais la vendent. Oui, Dieu vous demandera compte de vois iniquités, de vos mensonges, de vos attentats. Avant qu’il soit peu, le Seigneur viendra, armé de sa verge de fer : il vous châtiera ainsi que vous le méritez.

 

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D' Aubigneé, Theodore-Agrippa

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